À l’heure de l’IA interconnectée, comment concilier innovation et maîtrise des risques ?
L’IA générative est une rupture comparable à l’arrivée d’Internet, mais elle s’invite dans des systèmes d’information souvent hétérogènes, peu documentés, et pensés pour un autre âge. Or, utiliser l’IA sans organiser ses architectures, c’est rouler en Formule 1 sur une route de campagne : au mieux on avance au ralenti, au pire on ne passe pas le premier virage. La confiance ne se décrète pas, elle se construit par la rigueur de l’infrastructure : qualité des données, gouvernance des accès, traçabilité des décisions algorithmiques, cloisonnement des environnements. À Skema, nous avançons vite sur l’IA précisément parce que nous investissons dans les fondations. L’innovation responsable n’est pas l’ennemie de la vitesse, elle en est la condition.
Vous défendez l’idée d’une IA qui accompagne plutôt qu’elle ne remplace. Qu’est-ce qui distingue une IA utile d’une IA contre-productive dans les organisations ?
Une IA utile fait gagner du temps sur des tâches à faible valeur ajoutée pour libérer l’humain sur ce qui compte vraiment : la relation, le jugement, la créativité, la décision. Une IA contre-productive, à l’inverse, est celle qu’on plaque sur des processus existants sans les repenser. Mettre un agent conversationnel là où il y avait du copier-coller, c’est automatiser une inefficacité – et souvent en créer de nouvelles. Le vrai travail du CDIO de Skema, ce n’est pas de déployer des outils, c’est d’accompagner la transformation des métiers. Cela suppose d’interroger chaque process : qu’est-ce qui mérite d’être accéléré, qu’est-ce qui doit être repensé, et qu’est-ce qui doit rester profondément humain ? L’IA est un levier, pas une finalité.
La cybersécurité reste souvent perçue comme un centre de coût. Comment en faire un véritable levier de création de valeur et de confiance ?
La cybersécurité est trop souvent vue comme une assurance, donc comme un coût. C’est une erreur de perspective. Pour une grande école comme Skema, notre responsabilité est double : préparer nos étudiants aux métiers de demain, mais aussi leur donner la lucidité sur les risques, cyber inclus. Un diplômé qui maîtrise les enjeux de sécurité, de souveraineté des données et de gouvernance de l’IA est immédiatement plus employable, plus stratégique pour l’entreprise qui le recrute. L’investissement cyber devient alors productif : il forme des profils rares, il rassure nos partenaires académiques et entreprises, et il protège l’actif le plus précieux d’une école – la confiance que nous accordent étudiants, familles et recruteurs. La sécurité n’est pas un frein à la valeur : c’est ce qui la rend durable.
"Utiliser l’IA sans organiser ses architectures, c’est rouler en Formule 1 sur une route de campagne” - Éric CAEN
A propos de Éric CAEN
Éric Caen est une figure de la transformation technologique de grandes organisations internationales. Il a notamment été le directeur digital de McDonalds, CMA CGM et Crédit Agricole avant d’être nommé en 2026 Chief AI, IT et transformation digitale du réseau Skema Business School.