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La souveraineté, c’est maîtriser ses dépendances, non les subir - Farida POULAIN, CAMPUS CYBER

farida poulain cyber voice

Comment définissez-vous la souveraineté cyber dans un écosystème mondialisé

La souveraineté n’est pas l’autarcie : il ne s’agit pas de se couper du monde, mais de pouvoir choisir. Être souverain, c’est choisir ses dépendances technologiques, ses partenaires, ses standards, maîtriser les briques critiques et pouvoir agir sans subir. On ne produira jamais tout soi-même. En revanche, il est indispensable d’identifier ce qui est stratégique et d’en conserver la maîtrise. La cybersécurité est devenue un enjeu de puissance économique : lorsqu’une organisation ne maîtrise ni ses outils, ni ses données, ni ses infrastructures, elle se fragilise. La souveraineté technologique repose donc sur un équilibre entre ouverture internationale et lucidité stratégique. Quant à la réponse, elle doit être européenne, car la menace ne connaît pas les frontières.

La filière cyber française innove, mais peine à faire émerger des leaders mondiaux. Où est le blocage ?

Le blocage n’est pas l’innovation, puisque nous avons les entrepreneurs, les talents, l’excellence académique. Le véritable défi se situe dans le passage à l’échelle : nos start-up trouvent des financements en amorçage, mais l’accès au grand marché reste complexe et les grands comptes s’appuient encore largement sur des acteurs internationaux déjà très implantés.

Pour faire émerger des champions, trois leviers sont essentiels : il faut davantage de commandes privées et publiques structurantes, une coordination européenne concrète et une capacité à accompagner la consolidation du marché. L’enjeu n’est pas d’acheter français par principe, il est de bâtir des solutions européennes capables de s’imposer par leur performance.

"La massification du risque impose la massification de la réponse” - Farida POULAIN

NIS 2 va massifier les obligations cyber. Sommes-nous prêts collectivement ?

NIS 2 nous fait changer d’échelle : de quelques centaines d’acteurs stratégiques, nous passons à des dizaines de milliers d’organisations concernées. Le risque serait de percevoir cette directive comme une contrainte réglementaire supplémentaire, alors qu’elle représente une opportunité de structuration pour l’ensemble de la filière. La massification du risque impose en effet la massification de la réponse : diagnostics, solutions, mutualisation, formation... C’est tout le sens du travail engagé au Campus Cyber sous l’impulsion de son président Joffrey Célestin-Urbain : cartographier les solutions existantes et structurer, à terme, une véritable marketplace pour accompagner les organisations assujetties à NIS 2. La cybersécurité est bien devenue un sujet de gouvernance. Si NIS 2 nous fait basculer d’une logique de réaction à une logique d’anticipation, elle peut devenir un puissant levier de performance et de résilience collective.

A propos de Farida Poulain

Farida Poulain est directrice générale du Campus Cyber depuis novembre 2025. Elle était auparavant directrice des programmes de Cyber Booster après une carrière de vingt ans dans la finance et la tech comme analyste, entrepreneure, conseil en M&A et investisseure.

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